YOOGLE & GOUTUBE

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Le Feu Sacré continue d’explorer les insondables marécages des internets en ouvrant sa chaine Youtube où sont consultables conférences, chroniques radio et trailers de nos ouvrages.

Quant à Google +, personne n’a vraiment réussi à m’expliquer à quoi ça sert, sinon que c’est très bien pour le référencement du site. Bref, c’est ici que ça se passe pour rejoindre le Cercle Rouge !

BOOKHOUSEBOYS#07 | ALEXANDRE LAUMONIER

Zones Sensibles est le genre de maison d’édition dont nous nous sentons proches, autant pour leur démarche éditoriale (même si eux ont fait le choix de n’éditer que de la non-fiction) qu’au regard de leur ligne graphique (signé The Theatre of Operation). Leur volonté de se réapproprier les sciences humaines en les rebaptisant « Sciences de l’Homme », leur désir de ne plus produire du « discours pour spécialistes » et de s’adresser avant tout aux « non-initiés » sans pour autant faire dans l’ouvrage de vulgarisation nous a dès leur création en 2010 — semblé viser juste et être porteur de belles promesses (pour le moment toutes tenues). De multiples raisons, donc, d’inviter le Bruxellois Alexandre Laumonier à rejoindre les BookHouseBoys et à le soumettre au petit questionnaire d’entrée.

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| On trouve quoi comme nouvelles acquisitions dans ta bibliothèque ?
Que des livres que je n’ai pas encore eu, pour la plupart, le temps de lire. J’ai donc une grande pile de livres récents en attente, parmi eux : “Les mystères de la gauche” de Jean-Claude Michéa ; “Le travailleur étrange” d’Émile Verhaeren, dont j’avais adoré les “Viles tentaculaires” lorsque j’étais adolescent ; “Numéro d’écrou 362573” d’Arno Bertina et Anissa Michalon ; “Les cobayes” de Ludvik Vaculk ; “Projet El Pocero” de Anthony Poiraudeau, le seul que j’ai un peu entamé car Zones sensibles a peut-être un projet autour des nouvelles villes ; “Aberration de lumière”, le dernier Gilbert Sorrentino que son traducteur, Bernard Hoepffner, m’a sympathiquement offert ; “Liberté dans la montagne” de Marc Graciano… Je lirai tout cela cet été j’oubliais “Droit et révolution” de Harold J. Berman, un pavé sur la manière dont le droit romain s’est immiscé dans le droit contemporain via, notamment, les scolastiques médiévaux, un excellent essai que Laurent de Sutter m’a mis entre les mains…
Sinon j’ai une autre pile, avec uniquement des essais ou des textes théoriques sur l’histoire et/ou le fonctionnement des marchés financiers, dont j’ai besoin pour l’écriture de “5”, la suite et fin du livre que j’ai fais paraître en février sur l’arrivée des ordinateurs dans les marchés. Cette pile là est en ce moment beaucoup plus consultée que l’autre…

| Quels livres marquants as-tu découvert à l’adolescence et que tu possèdes toujours ?
Pas mal de Simenon, que je trouve toujours aussi bons;  “De la certitude” de Ludwig Wittgenstein, dont la lecture, juste après le Bac, m’avait fortement marqué (j’ai toujours les autres Wittgenstein achetés à cette époque) ; “Suttree” de Cormac McCarthy, acheté à une époque où McCarthy était encore publié chez Actes Sud, sans connaître le succès des années 2000 ; des poèmes de Odysséas Elýtis, dont “Marie des Brumes”, que j’ai toujours adoré même si je lis assez peu de poésie et quand bien même j’ai découvert le grand Mandelstam à un moment ; les premiers romans de Coetzee ; beaucoup de Borges et de Sarramago ; et pas mal de science-fiction en poche (Ballard, Dick, etc.).

| Tu prêterais lequel de tes livres à quelqu’un que tu voudrais séduire ?
Difficile de répondre, car cela dépend évidemment de la personne qui serait hypothétiquement en face de moi ;) “Marie des brumes” d’Elytis m’a paru être un chouette choix à une époque ;) Aujourd’hui, je ne sais pas trop, séduire par un livre suppose de déjà bien connaître la personne à qui on l’offre, et tout dépend si on souhaite, via un livre, se faire découvrir soi-même à l’autre, ou pas, etc. Aujourd’hui, je ne sais pas exactement ce que je choisirai (sans doute parce que je n’ai pas besoin de séduire quiconque, ma vie affective étant au beau fixe ;).

| Que trouve t-on comme livres honteux dans tes rayonnages ?
Aucun livre n’est honteux per se, je me souviens que mon père me racontait que pendant des années Simenon avait été considéré comme « une merde », tous les intellectuels crachaient sur cet écrivain « de gare » alors qu’il est de bon ton, aujourd’hui, chez les intellos, de saluer ce véritable écrivain qu’était Simenon. Je n’ai pas donc pas vraiment de livres honteux, car je ne renie aucune de mes lectures passées, même si 10 ou 20 ans plus tard il m’arrive de me dire que ce livre “n’était vraiment pas terrible”. J’ai même gardé des Six compagnons de mon enfance, et des Bob Morane, qu’il m’arrivait encore de lire il y a quelques années. J’ai encore quelques “Planète”, cette revue ésotérique dont certains textes me font bien rigoler aujourd’hui – mais il ne faut pas oublier que “Planète” fut aussi la première revue française à traduire un géant comme Jose Luis Borges, par exemple.

| Quels livres as-tu hérité de tes proches ?
Assez peu, pour le moment, lorsque ma grand-mère paternelle est décédée j’ai récupéré des Simenon qui faisait doublon avec ceux de mon père, et quelques livres de science fiction (dont certains numéros de la revue de SF mythique “Fictions”). J’ai aussi récupéré, au décès de mon grand-père maternel, quelques anciens Dictionnaire Larousse, qui restent finalement très utiles parfois.

| Le livre que tu as le plus lu et relu ?
“De la certitude” de Wittgenstein, à un moment de ma vie. “Mille plateaux” de Deleuze & Guattari à un autre. Et aussi les nouvelles de Borges.

| Un livre qui suscite en toi des envies d’autodafé ?
“Farenheit 451”, non ? Blague à part, je ne suis pas pour l’autodafé : même les textes les plus abjects doivent être disponibles car le meilleur moyen de combattre des idées est de commencer par en lire les textes, il faut toujours avoir en face de soi de quoi s’opposer. Par ailleurs, si on commence par faire un autodafé de certains livres, alors la porte est ouverte et il devient compliqué ensuite de décider de ce qui doit disparaître ou non…

| On te propose de vivre éternellement dans un roman de ton choix, tu optes pour lequel ?
Question piège, car je ne lis plus beaucoup de fictions depuis des années en tant qu’éditeur je ne fais que dans les « sciences de l’homme », et les sujets qui m’intéressent et sur lesquels j’essaie de réfléchir tous tous du côté de la « non fiction ». En répondant du tac au tac, sans vraiment réfléchir, je me dis que certaines atmosphères de certaines nouvelles de J. G. Ballard (“Vermillion Sands” par exemple) me conviendraient bien. Ou dans le monde alternatif du “Maître du Haut-Chateau” de Philip. K. Dick (son meilleur, à mon sens).

| Quel est l’incunable que tu rêves de posséder, ton Saint Graal bibliophilique ?
Le tome II de la “Poétique” d’Aristote !

| Au bout d’une vie de lecture, et s’il n’en restait qu’un ?
Je répondrai quand je serai mort et que j’habiterai les espaces ensablés et musicaux de “Vermillion Sands”.

ZONES SENSIBLES | FACEBOOK

BOOKHOUSEBOYS#06 | AURELIEN LEMANT & MATHIEU BOLLON

En tant que grand fan du Blue Öyster Cult et éditeur du premier livre d’Aurélien Lemant, il était logique que je compte les jours avant la sortie du livre que lui et son complice Mathieu Bollon (seconde photo) viennent de publier sur le groupe pour le compte des éditions Camion Blanc. Monographie du groupe, mais pas que, “La Carrière du Mal” est tout autant un pavé (722 pages !) réflexif renvoyant constamment le lecteur à l’histoire du XXe siècle et à ses déjections pop-culturelles (rock’n’roll, magie, conspirations, nazisme, fétichisme, etc.). Bref, le genre de livre qu’on ouvre pour connaitre moult anecdotes sur le Culte de l’Huitre Bleue et qu’on referme, euphorique, la tête pleine de propositions fulgurantes et de théories insensées. Amis du Heavy et du malaxage de cerveau, voici nos deux BookHouseBoys de la semaine !

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| On trouve quoi comme nouvelle acquisition dans votre bibliothèque ?
Aurélien Lemant : C’est drôle de parler d’acquisition. Les bouquins dans lesquels je suis plongé actuellement ne m’appartiennent pas, ce sont des prêts de parents ou d’amis, L’Energie qui danse : dictionnaire d’anthropologie théâtrale, d’Eugenio Barba, ou des livres sur la peinture, notamment américaine. J’ai lu récemment des ouvrages que j’avais achetés en 2002, et que j’avais à peine entr’ouverts à l’époque. Je fais souvent ça. Vie de Polichinelle et ses nombreuses aventures, aussi, d’Octave Feuillet, que je dois avoir depuis six ou sept ans, lu en début de semaine. Aujourd’hui, je viens de recevoir par la poste Éloge de la faiblesse d’Alexandre Jollien, juste après un album de Captain America et un autre de Superman ; ces trois derniers vont diversement me servir dans le cadre de la rédaction d’un essai consacré aux super-héros.

Mathieu Bollon : « Arab Jazz » de Karim Miské, un polar qui se passe dans le 19ème arrondissement de Paris et dont l’intrigue mêle des salafistes, des juifs intégristes, des témoins de Jéhovah et des flics véreux et « Les reliques sacrées d’Hitler » de Sidney Kirkpatrick qui narre l’histoire de Walter Horn, un professeur d’art, qui est chargé par Eisenhower en 1945 de retrouver des reliques détenues par les nazis, dont la Saint Lance (ou Lance de Longinus), celle qui transperça le flanc du Christ.

| Quel livre marquant avez-vous découverts à l’adolescence et que vous possédez toujours ?
Aurélien Lemant : Ma maison a brûlé de fond en combles quand j’avais quinze ans. Je n’ai plus rien. De mémoire, j’ai racheté Le Procès de Kafka et 1984 d’Orwell, et l’intégrale de Sherlock Holmes.

Mathieu Bollon : « 1984 », de George Orwell

| Sans égard pour sa qualité, lequel de vos livres possède la plus grande valeur sentimentale, et pourquoi ?
Aurélien Lemant : Celui que j’écris en ce moment. Mais il sera vite remplacé par le prochain.

Mathieu Bollon : « La nuit de Saint Germain des prés » de Léo Malet car dédicacé par (feu) son auteur dans les années 90, alors que j’étais encore lycéen…

| Vous prêteriez lequel de vos livres à quelqu’un que vous voudriez séduire ?
Aurélien Lemant : Pour m’accorder spirituellement avec certaines personnes, hommes ou femmes, famille ou relations, j’ai régulièrement offert Saint Quelqu’un de Pauwels, qui m’a bouleversé, ou Villa Vortex de Dantec. Aux comédiennes que j’ai aimées, puis à ma femme, j’ai fait lire Caligula de Camus, qui demeure sans doute ma pièce de théâtre préférée.

Mathieu Bollon : « L’attrape cœurs » de J.D Salinger en raison de son caractère très émouvant, ou bien l’un des romans de Jean-Louis Costes (non, je rigole…)

| Que trouve t-on comme livres “honteux” dans vos rayonnages ?
Aurélien Lemant : Rien. Qui doit avoir honte ? L’auteur, l’éditeur, ou le lecteur ? Personne.

Mathieu Bollon : « Hygiène de l’assassin » d’Amélie Nothomb

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| Quels livres avez-vous hérités de vos proches ?
Aurélien Lemant : Presque tout Dick et Van Vogt par mon père, Lovecraft, mais aussi Reiser et Wolinski. Ma mère, Molière, Cocteau, Rimbaud, j’en passe, j’en oublie. Au sens matérialiste du mot, j’ai “hérité” en 2006 d’une abondante collection de comic books, essentiellement MARVEL, de mon ami David Fischer, et du Septentrion de Calaferte, par mon amie Helène Durut.

Mathieu Bollon : « Orange mécanique » d’Anthony Burgess, « La fin d’un primitif » de Chester Himes et ceux écrits par mon père, parmi lesquels une biographie de Cioran et un beau livre sur l’histoire de Pigalle

| Le livre que vous avez le plus lu et relu ?
Aurélien Lemant : Forcément, de la poésie, par goût : La Fontaine, Verlaine, Apollinaire, Artaud, Une saison en enfer par-dessus-tout, beaucoup de haïku. Du théâtre, par nécessité : un comédien doit lire et relire son texte pour que son corps le mémorise. Le cerveau n’a plus qu’à improviser. Sinon, d’un point de vue classiquement narratif, ça se joue probablement entre la Bible et Le Petit Prince.

Mathieu Bollon : « La mort est mon métier » de Robert Merle (en concurrence avec « Fahrenheit 451 » de Ray Bradbury)

| Le livre qui suscite en vous des envies d’autodafé ?
Aurélien Lemant : La France Orange Mécanique de Laurent Obertone, publié par mes ex-collègues de Ring - à la fois à cause du livre, et à cause des ex-collègues en question. Sans doute pressé par sa maison d’édition de hâter le travail et la livraison de son manuscrit, Obertone n’a même pas éprouvé le besoin de systématiquement croiser ses sources journalistiques, certains faits divers sont donc mal relatés, incomplets, erronés. Sa comparaison animalière, assimilant les citoyens sans histoire à des hippopotames, et les criminels à des rhinocéros, témoigne d’une méconnaissance malvenue, voire d’une incompréhension totale, du monde animal, l’hippopotame étant, devant l’éléphant et le fauve, la première cause de mortalité par attaque de bêtes en Afrique. Les représentations qu’Obertone se fait de notre société sont ausi fragiles et personnelles que les clichés qu’il entretient vis-à-vis de l’Afrique noire. Enfin, son ouvrage est plutôt mal écrit. Mais pourquoi le brûler, ou même l’interdire ? Si l’on devait censurer un livre sous le prétexte qu’il est nul et édité par des gens sans scrupule, il n’y aurait plus rien dans les rayons.

Mathieu Bollon : « 99 francs » de Frédéric Beigbeder

| On vous propose de vivre éternellement dans un roman de votre choix, vous optez pour lequel ?
Aurélien Lemant : D’emblée, j’écarte 1984, Villa Vortex ou La route, qui comptent pourtant parmi mes livres de chevet. Disons Septentrion. Et je pourrais être une vague dans Robinson Crusoë.

Mathieu Bollon : « Le seigneur des anneaux » de J.R.R. Tolkien

| Quel est l’incunable que vous rêvez de posséder, votre Saint Graal bibliophilique ?
Aurélien Lemant : Je ne suis pas trop collectionneur, et de moins en moins sentimental, un poche a autant de valeur à mes yeux qu’un incunable, pourvu que le texte soit lisible dans les deux. Mais j’avoue que ça fait plus de trois ans que j’ai perdu l’espoir de dégoter Lord Horror (pas le comic, le roman) de David Britton, out of print depuis beau temps : les prix pratiqués sur la toile, en livre sterling, restent décourageants.

Mathieu Bollon : L’infâme Necronomicon !

| Au bout d’une vie de lecture, et s’il n’en restait qu’un ?
Aurélien Lemant : J’espère ne pas l’avoir encore lu. On en reparlera quand il s’agira de mourir.

Mathieu Bollon : « Le moine » de Matthew G. Lewis

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CAMION BLANC | COMMANDER LE LIVRE| AURELIEN LEMANT | MATHIEU BOLLON

Crédit photos : Aurélien Lemant (photo du haut) © David Fischer, septembre 2012 | Mathieu Bollon (photo du milieu), octobre 2009

LE SOUNDCLOUD SACRE

Certaines critiques élogieuses de notre “Traum : Philip K. Dick, le martyr onirique” (Aurélien Lemant, 2012) ayant été émises sur les ondes radio, nous avons décidés d’ouvrir une page Soundcloud afin de partager cette revue de presse.

Et puisque nous avions aussi sous la main quelques documents sonores qui moisissaient sur notre disque dur, nous avons pris la décision de les poster également. D’autres documents devraient être partagés dans les semaines à venir. Dont des extraits des audiobooks que nous sommes en train de vous préparer.

A terme, ce seront des interviews de nos auteurs, des conférences, tables rondes, et autres goodies qui seront disponibles sur cette page.

ACTUALITES | LE FEU SACRE

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F.J. OSSANG | MARDI 14 MAI 2013 | TOULOUSE

Signature — de MERCURE INSOLENT (Armand Collin - 2013) et de HIVER SUR LES CONTINENTS CERNES (Le Feu Sacré Editions - 2012)
à 18 heures à la librairie OMBRES BLANCHES
50 Rue Gambetta — 3100 TOULOUSE

Projection — DHARMA GUNS (F.J. Ossang - 2011)
à 21 heures à la CINÉMATHÈQUE DE TOULOUSE
69 Rue du Taur — 31000 Toulouse

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AURELIEN LEMANT | JEUDI 16 MAI 2013 | LIMOGES

La librairie Page et Plume invite Aurélien Lemant, auteur de “TRAUM : PHILIP K. DICK, LE MARTYR ONIRIQUE”, et Etienne Barillier, responsable du blog www.dickien.fr & auteur du “PETIT GUIDE A TRIMBALLER DE PHILIP K. DICK” pour une séance de dédicace de leurs ouvrages respectifs, mais aussi une discussion & une lecture.
Merci à David Belair & Marianne Peyronnet

PAGE ET PLUMES — 4 Place de la Motte  87000 Limoges

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AURELIEN LEMANT | JEUDI 23 MAI 2013 | PARIS

Le saviez-vous ? Aurélien Lemant n’est pas une trademark © Feu Sacré. Ce mois-ci, il édite “LA CARRIÈRE DU MAL” chez Camion Blanc, un livre co-écrit avec Mathieu Bollon traitant de la sidérante carrière d’un des plus grands groupes de rock’n’roll de tous les temps : Blue Öyster Cult ! Le tout sur fond d’ésotérisme, de complots, d’aliens et de SF.

A l’occasion de la sortie de ce livre, le Cercle Cosaque les invite à disserter autour des liens éminents qui unissent rock, littérature et ésotérisme. Et pour animer cette soirée, qui de plus placé que Pacôme Thiellement ?

CABARET DU CERCLE COSAQUE 29, rue Sambre et Meuse
— 75010 Paris

Mais ce n’est pas tout, le lendemain, la librairie POINTS COMMUNS à Villejuif organisera à 20h une soirée/débat autour du thème “Rock & Littérature”.

Troubadours des temps modernes, les musiciens de rock ont su très tôt manifester un amour irraisonné pour les mots, et par conséquent pour la littérature. Poètes maudits en perfectos et blue-jeans, des auteurs-interprètes bien connus du grand public comme Patti Smith, David Bowie ou Bob Dylan ont marqué leur génération en signant des textes inspirés, parfois sibyllins et très proches de la poésie de leurs prédécesseurs romantiques du XIXème siècle tels Rimbaud, Baudelaire ou Mallarmé. Loin d’être une musique primaire, le Rock’n’Roll foisonne de références littéraires et se révèle, si l’on prend la peine de s’y intéresser un tant soit peu, beaucoup plus intellectuel et lettré que voudraient nous le faire croire ceux qui ne comprennent rien à sa véritable essence. A cette passion pour la langue, non dénuée d’un certain dandysme, s’adjoint souvent un penchant pour l’ésotérisme et la philosophie hermétique. Tout cela tend à prouver que la musique rock dans son ensemble est plus que jamais un art noble à part entière.

LIBRAIRIE POINTS COMMUNS 66 rue Jean Jaurès 94800 Villejuif M° Villejuif Louis Aragon (ligne 7)

BOOKHOUSEBOYS#05 | ALBAN JAMIN

Il est plus facile d’écrire sur des gens qu’on ne connait pas ou peu. Alban est un ami, mais aussi quelqu’un qui excelle dans des pratiques artistiques et cérébrales que je n’ai fait que toucher du doigt. Critique musical, intervenant et enseignant en littérature et études cinématographiques, musicien raffiné & cinéphile averti, il travaille actuellement en binôme sur un livre sur la scène rock indé/psyché U.S. de ce début de siècle dont — j’espère on reparlera vite, et vient de sortir un premier album avec son groupe The Purple Lords, qui sera verni dans quelques jours au Ninkasi Kao. L’occasion de l’inviter à discuter papyrus en rejoignant le club des BookHouseBoys !

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| On trouve quoi comme nouvelle acquisition dans ta bibliothèque ?
Hollywood Baylone de Kenneth Anger, un livre que j’attendais de lire depuis des années et qui vient d’être édité dans la collection de poche de Tristram, « La Souple ». Le livre chronique les scandales qui ont marqué Hollywood à ses débuts. C’est à la fois très documenté et complètement fantasmé. Anger a ajouté toute une iconographie au livre qui pioche dans des photos de studio, mais aussi des rapports de police. Un mélange d’horreur et de glamour…C’est fascinant.

| Quel livre marquant as-tu découvert à adolescence et que tu possèdes toujours ?
La Régente de Léopolo Alas (dit Clarin), conseillé par un professeur que j’aimais beaucoup, et devenu ensuite ma bible. C’est un grand roman espagnol du XIXème très marqué par le naturalisme, une chronique social et morale, mais qui dérive vers une forme d’onirisme cauchemardesque, absurde. J’ai ensuite compris pourquoi j’adorais Buñuel…

| Sans égard pour sa qualité, lequel de tes livres possède la plus grande valeur sentimentale, et pourquoi ?
Un recueil de dessins très 80’s de Moebius appelé Made in L.A. Le jour où Moebius me l’a dédicacé, je faisais la queue depuis des heures, il faisait très chaud et…je me suis évanoui devant lui ! Il a dû penser que j’étais un fan psychotique…

| Tu prêterais lequel de tes livres à quelqu’un que tu voudrais séduire ?
Mystery Train de Greil Marcus : un mélange d’érudition un peu tape à l’œil et en même temps, le meilleur exemple des correspondances historiques et intuitives que Marcus utilise un peu trop quelquefois. C’est surtout une série de textes sur mes groupes ou chanteurs préférés…utile pour initier l’élue de son cœur.

| Que trouve t-on comme livres “honteux” dans tes rayonnages ?
Je n’ai honte de rien !

| Quels livres as-tu hérité de tes proches ?
Les romans noirs gothiques qu’adore ma mère et dont je suis devenu aussi très friand (Le moine de Lewis, Le château d’Otrante de Walpole).

| Le livre que tu as le plus lu et relu ?
L’île du Docteur Moreau de H.G Wells. Un livre que l’on considère souvent comme un « classique » pour adolescents désuet et naïf, mais qui est génialement écrit et totalement visionnaire dans le propos.

| Le livre qui suscite en toi des envies d’autodafé ?
Oh, pas d’autodafé ! Plutôt un désintérêt profond pour les « récits de vie » autocentrés contemporains…

| Quel est l’incunable que tu rêves de posséder, ton Saint Graal bibliophilique ?
Je me suis lancé dans la quête de l’intégrale des ouvrages de la collection “cinéma d’aujourd’hui” publiée par Seghers entre 1962 et 1975…

| On te propose de vivre éternellement dans un roman de ton choix, tu optes pour lequel ?
Enlevé ! de Robert Louis Stevenson. Etre David Balfour, ça doit être excitant…et puis ses aventures se terminent bien, alors…

| Au bout d’une vie de lecture, et s’il n’en restait qu’un ?
Le grand sommeil de Raymond Chandler…pour l’instant !

THE PURPLE LORDS | SOUNDCLOUD

BOOKHOUSEBOYS#04 | BIZZARRI & RODRIGUEZ

A la base, il y avait le projet de créer une maison d’édition. Mais sans véritable idée de ce que je désirais pour elle comme identité graphique. Ou juste quelques vagues idées un peu cliché en tête. Une photo en couv’, un truc un peu “graphique”, mais sans direction précise, Puis, mon ami Simon m’a présenté Thomas Bizzarri et Alain Rodriguez, deux jeunes graphic designers / typographes qui m’ont rapidement fait des propositions enthousiasmantes. La suite, vous la connaissez. Ils ont achevé de créer l’identité visuelle du Feu Sacré et apporté une contribution dont je peine aujourd’hui encore à mesurer l’impact sur la réception des ouvrages. Autant dire que Thomas (à gauche) et Alain (à droite) faisaient partie des premières personnes à qui j’ai pensé quand le projet #BookHouseBoys s’est mis en place.

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| On trouve quoi comme nouvelles acquisitions dans votre bibliothèque ?
Alain Rodriguez | Les derniers livres qui attendent sagement sur mon chevet sont “Le concile d’amour” de Panizza, “Contes cruels” de Villiers de l’Isle-Adam et “Heaven is Real” de Adam Harper.
Thomas Bizzarri | Peu de nouvelles acquisitions, surtout des livres empruntés, prêtés, conseillés par des amis. Il y a “une Histoire de la Révolution française” d’Éric Hazan, dont la lecture me fait dire qu’on devrait changer le nom de notre police de caractère “Thermidor”…”Le XIXe siècle à travers les âges” de Philippe Muray, et j’ai terminé depuis peu “Là-bas” de Huysmans. On m’a aussi prêté un Coupland, “Génération X”, mais je ne l’ai pas encore commencé. Mais je crois que le dernier livre que j’ai acheté avec mes deniers c’est “Aucune bête aussi féroce” d’Edward Bunker.

| Quels livres marquants avez-vous découverts à l’adolescence et que vous possèdez toujours ?
Alain Rodriguez | Je ne peux pas dire que mon adolescence est été marquée par un livre en particulier. À vrai dire j’ai commencé à lire réellement un peu sur le tard… Mais je me souviens tout de même une fois ou mon père m’avait demander de choisir un bouquin dans une librairie. J’ai tout de suite été attiré par la photo d’une couverture qui représentait une ado japonaise aux cheveux jaunes et bleus. Il s’agissait de “Bleu presque transparent “de Murakami Ryû. Après lecture, naïvement, j’ai eu cette impression d’avoir découvert que la littérature pouvait aussi être trash.
Thomas Bizzarri | Il y en a quelques uns! je crois que parmi ceux qui m’ont le plus marqués, et qui conservent une place de choix dans mes rayons, il y a évidemment le “Voyage au bout de la Nuit”, la claque stylistique, et puis les Dostoïevski, “Crime et châtiment” bien sûr, mais surtout “Les Frères Karamazov”. J’ai énormément lu à l’adolescence, car j’ai la chance d’avoir un père professeur de français, de culture très classique. J’allais piquer dans sa bibliothèque — d’ailleurs je pense que j’ai encore en ma possession beaucoup de bouquins “empruntés” chez lui — donc à cette période j’ai aussi beaucoup lu les grands auteurs français du XIXe, les Baudelaire, Flaubert, Maupassant, etc.

| Vous prêteriez lequel de vos livres à quelqu’un que vous voudriez séduire ?
Alain Rodriguez | “Narcisse et Goldmund” de Hermann Hesse, certainement parce que je partage les même aspirations que le personnage de ce roman.
Thomas Bizzarri | Hemingway, “Pour qui sonne le glas”.

| Que trouve t-on comme livres honteux dans vos rayonnages ?
Alain Rodriguez | Je sélectionne tellement, que je pense aimer tout ceux que je possède.
Thomas Bizzarri | Je ne crois pas qu’il y ait rien de vraiment ridicule selon moi dans mes rayons. À la limite des vieux livres sur le graphisme, mais ils sont plus obsolètes que réellement honteux.

| Quels livres avez-vous hérité de vos proches ?
Alain Rodriguez | Malheureusement aucun.
Thomas Bizzarri | Quelques volumes de la Pléïade “transmis” par mon paternel. Montaigne et Rimbaud en œuvres complètes, et une quantité non négligeables de livres de poches qui fleurent bon le vieux papier de mauvaise qualité.

| Le livre que vous avez le plus lu et relu ?
Alain Rodriguez | Je ne relis jamais, mais je commence à me dire qu’il faudrait que je me replonge dans “La divine comédie”. Je m’étais laissé porter par la beauté des mots, je pense que j’en aurai une lecture totalement différente maintenant.
Thomas Bizzarri | Je relis rarement, mais j’ai lu deux fois de suite “Crimes et châtiment” : j’avais lu le premier tome dans une édition livre de poche des années 60 ou 70, et à peine le livre terminé, je cours acheter le deuxième tome. Là, je tombe sur la traduction d’André Markowicz : c’était tellement autre chose qu’après avoir lu le second tome, j’ai eu envie de revenir sur le premier… et je n’ai pas pu m’arrêter et j’ai encore lu le second.

| Un livre qui suscite en voux des envies d’autodafé ?
Alain Rodriguez | Peut-être le dictionnaire depuis que tu peux y trouver lol.
Thomas Bizzarri | Pour moi le livre est l’objet le plus magnifique qui soit. Depuis que j’ai découvert la typographie, j’ai complètement arrêté de dessiner autre chose que des lettres ou des maquettes, alors que je crayonnais tout et n’importe quoi depuis que j’étais gosse. Je répondrais donc un livre particulièrement laid dans sa forme.

| On vous propose de vivre éternellement dans un roman de votre choix, vous optez pour lequel ?
Alain Rodriguez | Bizarrement ça ne serait pas dans un roman. J’ai ce bouquin, un énorme pavé de 800 pages, “International Discography of the New Wave” de B George et Martha DeFoe, sorti chez Omnibus Press en 82 dans lequel je me perd souvent. Sur la quatrième il est écrit : “The most extensive international compilation of Punk, New Wave, Futurist, Hard Core discographies ever assembled”. Pour moi ce livre est une bible absolue, je ne sais toujours pas comment les auteurs ont réussis à réunir plus de 7500 groupes, 16000 disques, 3000 labels et 1300 fanzines tous sortis des undergrounds les plus pointus à travers le monde. Tu as même une partie avec toutes les adresses des clubs, bars et radios qui passaient cette musique à l’époque. Ce bouquin est une véritable time capsule post-punk. Cette liste de noms et de titres représentent pour moi une source inépuisable d’inspiration. En plus de sa richesse, le livre est absolument parfait formellement… c’est définitivement dans ces pages là que je voudrais vivre.
Thomas Bizzarri | “Gargantua” de Rabelais.

| Quel est l’incunable que vous rêvez de posséder, votre Saint Graal bibliophilique ?
Alain Rodriguez | Un très vieux “Petit Albert” qui aurait survécu aux flammes…
Thomas Bizzarri |  Il y en a tellement! Pour la blague, la bible à 42 lignes de Gutenberg.

| Au bout d’une vie de lecture, et s’il n’en restait qu’un ?
Alain Rodriguez | Repose moi la question dans 50 ans! Pour l’instant je dirais certainement “Le portrait de Dorian Gray”.
Thomas Bizzarri | “Trois Contes”, de Flaubert.

BIZZARRI & RODRIGUEZ | LE FEU SACRE ÉDITIONS

BOOKHOUSEBOY#03 | LAURENT DE SUTTER

Si je n’ai pas encore lu le dernier essai de Laurent de Sutter «Théorie du trou» (Léo Scheer, 2013), c’est parce qu’il est sous titré «Cinq méditations métaphysiques sur “Une sale histoire”» et que j’attends désespérément de revoir le film de Jean Eustache avant de me plonger dans le livre. Laurent de Sutter, si vous avez sûrement croisé son nom en tant qu’auteur, sachez qu’on lui doit aussi beaucoup en tant que directeur de collection (il dirige «Perspectives Critiques» aux Presses universitaires de France). Pas de «Main gauche de David Lynch» (mon livre préféré de Pacôme Thiellement), sans lui, ni de «Kino-Tanz. L’art chorégraphique du cinéma» de Dick Tomasovic, pas plus que de «Plurivers. Essai sur la fin du monde» de Jean-Clet Martin ! Bref, autant de bonnes raisons de nous intéresser de près au contenu de sa bibliothèque…

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| On trouve quoi comme nouvelles acquisitions dans ta bibliothèque ?
J’ai une consommation industrielle de livres. Rien que pour les quinze derniers jours, j’ai acheté ou reçu « Leçons de solfège et de piano » de Pascal Quignard, « La grève » de Ayn Rand, le « Traité des contrats » de Pierre de Jean Olivi, « L’enseignement du droit et la reproduction des hiérarchies » de Duncan Kennedy, « L’attrait du téléphone » de Emmanuelle André et Dork Zabunyan, « De la boxe » de Joyce Carol Oates, « ‘La horde sauvage’ de Sam Peckinpah » de Fabrice Revault, « La prestidigitation » de Jean Hladik, « L’ABCédaire du whisky » de Thierry Bénitah, « Zizek’s Politics » de Jodi Dean, « Zizek » de Mark de Kezel, « Weather Report » de Christophe Delbrouck, « Philippe Garrel, en substance » de Philippe Azoury, « Autoportrait » de Helmut Newton, « Eloge de la poésie » de Philip Sidney, « Best Thought, Worst Thought » de Don Paterson, « L’Amérique des dollars et du crime » de Gustave Le Rouge, « Negative Capitalism » de J. D. Taylor, « L’art d’écrire pour la radio » de Carlo Emilio Gadda, « In the Dust of this Planet » de Eugene Thacker, « Latour and Metaphysics » de Graham Harman, « Conversations with Zizek », « Interrogating the Real », « The Universal Exception », « Tarrying with the Negative » et « Looking Awry » de Slavoj Zizek, « Philosophies of Nature after Schelling » de Iain Hamilton Grant, « Confessions d’un compositeur » de John Cage, « Stuart Hall » de Mark Alizart & co, « D’Edo à Tokyo » de Philippe Pons, une édition des « Adorables de Zoroastre », « L’humanité augmentée » de Eric Sadin, et « Portrait de l’artiste en masochiste » de Boris Groys. A peu près.

| Quels livres marquants as-tu découvert à l’adolescence et que tu possèdes toujours ?
Pour mon malheur, mes parents ont toujours refusé de m’acheter des livres – sauf pour mes anniversaires, bien sûr. J’ai donc passé mon adolescence à traîner dans les bibliothèques publiques. Par la suite, j’ai tenté de racheter les livres que j’avais lus durant cette période, comme par exemple « Au bord de l’eau » de Shi Nai-an, qui reste un de mes livres préférés de tous les temps, les œuvres de Beckett ou de Gide, de Poe ou de Giraudoux, de Bernhard ou de Verne. Ceci dit, je suis toujours loin du compte dans la mesure où je préfère acheter des livres que je n’ai pas encore lus. De cette période, je conserve tout de même le « Théâtre complet » de Ionesco en Pléiade, les « Œuvres » de Cioran en Quarto, à peu près tout Anouilh (que j’adorais et adore toujours), mon édition en quinze volumes de la « Recherche », la tétralogie des « Jeunes filles » de Montherlant, l’ « Histoire du cinéma » de Bardèche et Brasillach, des tas de Tolkien, de Moorcock et de Frank Herbert, et quelques autres. Le plus ancien livre que je possède encore est une édition de « Croc blanc » qu’on m’a offerte quand j’ai eu huit ans.

| Tu prêterais lequel de tes livres à quelqu’un que tu voudrais séduire ?
« La nuit et le moment » de Crébillon.

| Que trouve t-on comme livres honteux dans tes rayonnages ?
Des tonnes de space opera. Les œuvres complètes de Françoise Sagan. Mais je n’en suis pas du tout honteux.

| Quels livres as-tu hérité de tes proches ?
Une grande partie de mes livres sur la musique me vient de mon grand-père paternel, qui était une figure reconnue de la critique musicale : l’ « Histoire de la musique » de Rebatet, l’ « Introduction à la musique de douze sons » de Leibowitz, les écrits de Bruno Walter sur Mahler, les grosses biographies de compositeur publiées chez Fayard, etc. J’ai aussi un livre d’horoscope sur le capricorne, dont j’ai hérité de mon grand-père maternel : je suis né, comme lui, un 24 décembre.

| Le livre que tu as le plus lu et relu ?
Je ne relis jamais.

| Un livre qui suscite en toi des envies d’autodafé ?
Je n’aime pas trop l’idée d’autodafé. Mais il est vrai qu’il m’arrive de faire voler des livres à travers mon cabinet de lecture. Le « Traité du rebelle » d’un certain philosophe populaire en a fait partie, de même qu’un roman de Michel Rio dont j’ai oublié le titre. Je ne sais pas trop ce qui m’a pris de lire ledit « Traité », dans la mesure où l’odeur de rance entourant tout ce que touche le philosophe populaire en question m’était parvenue aux narines. Je crois que j’ai jeté le livre à travers la pièce au moment de sa relecture d’ « Antigone », d’une telle bêtise et d’une telle malveillance qu’encore aujourd’hui j’en tremble de colère. Je n’ai rien contre l’idiotie – mais la bêtise, surtout lorsqu’elle est confite dans l’autosatisfaction de celui qui se croit du bon côté de la barrière, me rend dingue.

| On te propose de vivre éternellement dans un roman de ton choix, tu optes pour lequel ?
« Mademoiselle de Mustelle et ses amies » de Pierre Mac Orlan.

| Quel est l’incunable que tu rêves de posséder, ton Saint Graal bibliophilique ?
Je n’ai aucune pulsion bibliophilique. Mon rapport au livre est un rapport de consommateur - un rapport bibliomaniaque davantage qu’orienté vers le désir de posséder un objet rare ou original. Je trouve que tous les livres devraient tous être disponibles dans des éditions modernes. Mon Saint Graal bibliophilique n’est donc rien d’autre, j’en ai peur, qu’une hypothétique librairie borgésienne où l’on trouverait tout.

| Au bout d’une vie de lecture, et s’il n’en restait qu’un ?
« Tristram Shandy », of course.

Crédit photo : Laurent de Sutter (himslef) devant une vidéo de Yoko Ono

LAURENT DE SUTTER | P.U.F

LE FEU SACRE | INTERVIEW | L’INCONTOURNABLE MAG #02

Puisque le troisième numéro de L’INCONTOURNABLE MAGAZINE est sur le point de sortir, je me permet de mettre en ligne l’interview du Feu Sacré parue dans le second numéro. Encore merci à Philippe pour la tribune qu’il nous a offert.

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| Philippe Deschemin | « Malheur à qui fait croître le désert ». C’est cette sentence Nietzschéenne qui nous accueille sur votre site. Mise en garde ou constat ?
Fabien Thévenot | Plutôt un pense-bête. Avant tout destiné à nous-même. Pour ne pas oublier ce contre quoi nous nous sommes constitués. J’aime beaucoup cette métaphore du désert. Il suffit de se balader rue de la République n’importe quel samedi après-midi pour se rendre compte que le désert croît, que notre monde a été intégralement remplacé par sa version parodique. Avant que l’occident ne devienne un vaste supermarché, il y avait un autre monde, que nous avons le vague sentiment d’avoir habité, et auquel nous pensons toujours avec nostalgie. Ce monde ne nous sera pas rendu, mais il est plus vrai que celui, matériel, trop matériel, dans lequel on prétends nous faire vivre. Les bons livres sont des interfaces qui nous reconnectent à lui. Tenter de les produire nous-même revient ainsi à fournir aux bonnes volontés les pelles afin de repousser, bon an mal an, cette mer de sable qui avance.

| Le Feu Sacré, qu’est-ce donc ?
Dans le monde de la matière, une modeste maison d’édition. Dans le monde de l’esprit, un de ces projets qu’on crée pour upgrader son existence. Au quotidien, un sacrifice financier, mais aussi une source de grande Joie.
Dans le monde symbolique, Le Feu Sacré représente autant le Saint-Esprit, la foi - et pas nécessairement religieuse - que l’énergie vitale. C’est cette multiplicité d’interprétation qui nous a poussé à l’endosser comme identité, le fait que ce soit un symbole universel évoquant la force vitale, l’essence, l’âme.

image| Vous avez publiés F.J. OSSANG et Aurélien LEMANT. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Le livre d’Aurélien Lemant “Traum : Philip K. Dick, le martyr onirique” est ce que nous pourrions appeler un essai poétique, très libre, qui propose une exégèse pour le moins singulière de l’œuvre de l’auteur de Blade Runner. Je n’aime pas proprement parler d‘“essai” pour parler de ce livre étant donné que “Traum” pose plus de questions qu’il ne donne vraiment de réponses. C’est un essai, mais sans démonstrations, une divagation littéraire et onirique qui propose au lecteur une expérimentation vivante de l’œuvre Dickienne, plutôt qu’une dissection de son cadavre. Dick est un levier, une formule magique, c’est un ouvreur de mondes. Plutôt que de retourner et d’examiner la clef dans tous les sens, “Traum” propose plutôt de partir à la recherche des serrures. Sous ses airs de livre spéculatif, c’est un mode d’emploi. Au lecteur de voir ce qu’il ouvre en lui.

“Hiver sur les continents cernés” de F.J. Ossang compile une série de textes issus de la revue littéraire CEE qui a existé entre 1977 et 1979, en pleine explosion punk (et ça se sent), jamais réédités depuis lors. Même si Ossang a écrit quelques textes avant de créer cette revue, ces pages représentent à nos yeux son véritable acte de naissance poétique. On y retrouve déjà son fiévreux et si particulier mélange de prose Burroughienne, à la fois post-Beat et proto-punk et où se croisent toutes ses préoccupations du moment (qu’on retrouvera évidemment dans les premiers films qu’il réalisera quelques années plus tard) : la mort de l’occident, la victoire du spectacle sur le réel, le sens et la place du terrorisme, de la langue et des flux d’images dans nos démocraties mourantes et désarticulées. C’est une réponse littéraire à la musique de Throbbing Gristle ou de P.I.L.

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[F.J. Ossang | Photo | Rafat Placek]

Aucun de nos livres n’est vraiment classé dans une collection, nous avons pris dès le début le parti de ne pas enfermer les livres dans les carcans prédéfinis en usage dans ce milieu. Sous l’étiquette du Feu Sacré, sont et seront ainsi publiés des essais, des romans, de la poésie, ou des textes in-identifiables ou à la frontière des genres. Nous ne souhaitions pas prendre les gens par la main, plutôt les laisser définir eux-mêmes à quel genre se rattachait tel ou tel livre.

| Votre maison d’édition est toute jeune, où trouve t-on l’énergie et l’envie de se lancer dans une entreprise comme celle-ci alors que tout les signaux médiatiques nous confortent dans une réalité de crise économique?
La recette est la suivante : beaucoup d’insouciance + un certain j’m’en foutisme à l’égard de la réalité économique + un manque total d’ambition financière - saupoudré d’une volonté de rester spontané et naïf. Le Feu Sacré, c’est une maison d’édition Punk. Le Feu Sacré, c’est une chanson des Ramones ou de Black Flag. Courte, agressive et chantée sachant qu’on sera peut-être mort demain.
Nous sommes nés dans les années 70, notre génération enfile depuis lors les crises économiques comme des paires de chaussettes, si bien qu’elles n’ont plus sur nous aucun pouvoir pétrifiant. Le Feu Sacré n’est pas un plan d’épargne, c’est de l’énergie dépensée en pure perte (au sens Bataillien du terme : en vain, sans raison ni but), un projet qui réponds à une volonté de brûler à un moment donné. Et puis qu’aucun feu n’est éternel… Le Feu Sacré cherche à subsister, à ne pas mourir trop vite, mais c’est un projet voué à se consumer.

- Quelles sont vos sources d’inspirations, vos modèles ?
Du point de vue éditorial, ce sont surtout des maisons d’éditions des années 70 qui m’inspirent. Eric Losfeld, Le Terrain Vague, Christian Bourgois. Je trouve qu’à cette époque, il se publiait bien plus de choses intéressantes qu’aujourd’hui, et ce malgré un lourd contexte de censure (il n’y a qu’à lire l’autobiographie de Losfeld “Chargé comme une mule” pour se rendre compte du courage dont il fallait s’armer pour être éditeurs de textes “difficiles” sous Pompidou ou Giscard).
Du point de vue esthétique, un certain nombre de maisons d’éditions forcent notre admiration. Allia, Cent Pages. Dans un autre registre, j’aime beaucoup les livres de L’Arbre Vengeur, ou de chez Inculte, mais c’est à peu près tout. En France, les collections ont rarement des identités visuelles fortes. Il y a comme une peur que la forme prenne le dessus sur le fond, c’est dommage. Et plus les maisons d’éditions sont grosses, moins elles font des choix pertinents.

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| Comment ce sont effectués les premiers choix éditoriaux : casse tête ou coup de cœur ?
Je ne pense pas qu’on puisse parler de choix, ces noms se sont logiquement et naturellement imposés. Concernant F.J. Ossang, nous connaissions son œuvre littéraire et cinématographique depuis une vingtaine d’année, et j’ai toujours eu le sentiment que je finirais par travailler avec lui un jour ou l’autre.
Concernant Aurélien Lemant, c’était plutôt de l’ordre de l’intuition. A part quelques nouvelles et une poignées de critiques littéraires, il n’avait juste là rien publié. Je connaissais une partie de son travail en tant que comédien et metteur en scène (avec la Carcasse, Bactérie Théâtrale), et j’ai eu le sentiment qu’il pourrait écrire un bon livre sur Philip K. Dick, un auteur dont nous avions souvent parlés ensemble. “Traum : Philip K. Dick le martyr onirique” est le premier (et je pense le dernier) livre que je me suis engagé à publier simplement sur la lecture de son pitch. J’ai eu beaucoup de chance, le livre tel qu’il existe aujourd’hui est bien meilleur que tout ce que j’avais pu imaginer et projeter sur lui.

| Nietzsche semble détenir une grande place dans l’univers du « Feu Sacré ». Ce penseur est victime de nombre d’apriori souvent véhiculés par des médias qui ferait mieux de ne pas parler de ce qu’ils ne connaissent pas. On oublie trop souvent de parler de son amour absolu pour la musique, son amour pour la « vie », la liberté, son dégoût du pangermanisme qui préfigure le nazisme à venir… Et aussi son refus du totalitarisme lorsque il parle de l’état comme « le plus froid des monstres froids ». Qu’est-il pour vous ?
Nietzsche marque pour moi c’est la rencontre d’une authentique philosophie vitaliste, à un moment donné où mes propres batteries existentielles étaient complètement à plat. C’est sur le plan métaphysique que la lecture du vieux Friedrich m’a été salutaire. Je n’irais pas jusqu’à dire que la lecture du “Gai savoir” m’a sauvé la vie, mais elle a fortement contribué à ré-inspirer mon existence.
Il faut savoir rester à l’écoute des morts, ils ont des tas de choses à nous dire. Pas besoin de faire tourner les tables pour ça, ouvrir un bon livre est largement suffisant. Dantec disait la même chose par rapport à sa lecture du journal de Léon Bloy, dans son premier “Théâtre des Opérations”. A l’époque j’avais trouvé cette idée fascinante mais vraiment exagérée. Aujourd’hui je comprends parfaitement ce qu’il voulait dire.

| La littérature d’aujourd’hui. Qu’est ce qui vous excite ?
La littérature latino-américaine, surtout. Roberto Bolaño en tête. Je tiens son “2666” pour le premier grand roman du XXIe siècle. C’est un roman comme je pensais qu’on en écrirait plus jamais : généreux, complexe, ample, ambitieux, écrit dans une langue chatoyante mais d’une forme malgré tout assez classique. C’est un “Crime et Châtiment” contemporain. Un très grand et abyssal roman sur le mal. J’aime aussi beaucoup Rodrigo Fresan, même si son style plus “pop” me fatigue parfois un peu. Récemment, les livres de Juan Francisco Ferre paru chez Passage du Nord-Ouest m’ont bien stimulés, aussi.
En France, c’est l’électrocardiogramme plat, hors des nombreux essais de Pacôme Thiellement que je dévore depuis deux ans. Côté Amérique du nord, j’ai une grande sympathie pour les trois derniers romans de Norman Spinrad (Il est parmi nous / Oussama / Le Temps du Rêve), qui à 70 ans bande toujours très dur.

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| Où peut-on se procurer vos ouvrages ?
Sur Lyon, dans un certain nombre de bonnes librairies : Le Bal des Ardents, Passages, Ouvrir l’Oeil, Vivement Dimanche, Temps Livres, entre autre. Sur Paris, à Parallèles, Un Regard Moderne, Hors-Circuits, et dans tout un tas de librairies un peu partout en France.
Mais il est aussi possible de commander nos ouvrages sur notre site internet où nous proposons pour chaque volume les frais de port à un euro. Seulement un euro de plus qu’Amazon ! Il ne s’agit pas de tenter de concurrencer le géant de la vente du tout-et-n’importe-quoi-dans-votre-boite-aux-lettres, mais de ne pas freiner le lecteur potentiel devant les tarifs exorbitants de la Poste. Nous tentons aussi de faire comprendre à l’acheteur qu’il vaut mieux acheter directement le livre à sa maison d’édition plutôt que sur un site où celle-ci vends ses livres presque à perte.

| Le futur du Feu Sacré ?
Plusieurs projets sont les braises, mais rien que je puisse officiellement annoncer. Mais ce seront des textes bouillonnants et rock’n’roll, soyez-en sûr !
Nous avons aussi commencés à produire des versions audiobooks de nos ouvrages. Je crois que c’est un médium mal exploité, qui n’est plus aujourd’hui seulement destiné aux circuits des médiathèques au rayon destinés aux non-voyants, mais qui peux être un parfait médium pour l’amateur de littérature passant beaucoup de temps en voiture ou dans les transports en commun. Autant l’idée du livre numérique me laisse totalement froid (nous y viendrons, mais probablement sous la contrainte), autant l’audiobook me semble ouvrir des perspectives inouïes en matière de “mise en scène sonore” et d’expérimentation audio-phonique.

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BOOKHOUSEBOY#02 | FRANCIS | LE BAL DES ARDENTS

Si le jour du jugement dernier, je devais choisir un lieu qui sera épargné par la colère de Dieu et dans lequel on me propose de vivre éternellement, j’aimerais que ce soit le Bal des Ardents. Partant du principe que j’y trouve à chaque fois le livre que je cherche (que ce soit aussi une nouveauté qu’un classique), les étalages de cette librairie sont à l’image de ma bibliothèque idéale. Cette réflexion était donc un bon point de départ pour soumettre Francis, le légendaire tenancier du lieu, au questionnaire des BookHouseBoys.

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| On trouve quoi comme nouvelles acquisitions dans ta bibliothèque ?
Le Quarto d’Aurévilly. Barbey est un de ces écrivains réactionnaires dont le style est terrible ! Il y a dans les textes des Diaboliques des passages entiers absolument inoubliables, une puissance d’expression incomparable ! Lis Le bonheur dans le crime par exemple…

| Quels livres marquants as-tu découvert à l’adolescence et que tu possèdes toujours ?
Les Fleurs du mal.

| Tu prêterais lequel de tes -livres- à quelqu’un que tu voudrais séduire ?
L’intouchable de Pierre Bettencourt, De A à X de John Berger. l’Idiot de Dostoïevski. Le prince Muichkine est mon héros préféré. Mais encore, Emmanuel Bove, Jean Meckert, Charles Louis-Philippe ou Antoine Blondin…

| Que trouve t-on comme livres honteux dans tes rayonnages ?
Aucun. Mais j’ai lu plein de SAS ! (Dans un temps très lointain, certes…)

| Quels -livres- as-tu hérité de tes proches ?
Aucun.

| Le livre que tu as le plus lu et relu ?
J’ai lu au moins 15 fois le Voyage et parmi celles-ci deux fois à la suite : expérience non préméditée dont je garde un vif souvenir : même à la suite, on ne re-lit pas le même livre !

| Un livre qui suscite en toi des envies d’autodafé ?
Le livre de Michel Onfray sur Camus. Onfray a un style exécrable mais pour son livre sur Camus, l’iconographie racoleuse est tellement éloignée, j’allais dire étrangère, de ce que fut l’écrivain, le penseur et l’homme qu’elle se révèle ignoble…

| On te propose de vivre éternellement dans un roman de ton choix, tu optes pour lequel ?
Le Seigneur des Anneaux : Frodon lisant peinard dans une nature idéale… Le Paradis !

| Quel est l’incunable que tu rêves de posséder, ton Saint Graal bibliophilique ?
Je ne suis pas collectionneur avec une sorte de défiance envers cette monomanie. Cela dit, j’aimerais avoir dans ma bibliothèque, disons, les 50 premières éditions originales du Livre de poche.

| Au bout d’une vie de lecture, et s’il n’en restait qu’un ?
La Recherche du temps perdu, les Essais de Montaigne. Je pense à des textes touffus comme aussi l’Anatomie de la mélancolie ou Tristram Shandy, des textes inépuisables…

Crédit photo : Serge Quadruppani

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